2025-02-16

LE PARADOXE DU MULTICULTURALISME

E pluribus unum ?

LE CONSTAT

Les sociétés occidentales d’aujourd’hui, surtout après la Deuxième Guerre Mondiale, ont été rendues multiculturelles de manière massive.

Parmi les nouveau-nés bruxellois, Mohamed est le prénom qu’on choisit le plus souvent.

L’Islam, avec ses traditions comme le Ramadan, les multiples prières journalières ou le style vestimentaire, est une réalité dans beaucoup de pays de tradition chrétienne.

Les restaurants d’inspiration japonaise, chinoise, libanaise, turque, mexicaine ou autre pullulent.

Par multiculturalisme, au sein de la présente contribution, on comprendra les brassages de populations et de traditions non-occidentales et occidentales.

On exclura le multiculturalisme plus subtil, comme par exemple les anciennes particularités régionales au sein des nations européennes : Bretons et Normands en France, Bavarois et Saxons en Allemagne, francophones et néerlandophones en Belgique, Irlandais et Britanniques sur une même île, germanophones en Italie, etc.

Même si ces dernières formes de multiculturalismes ont pu mener ou mènent à des conflits, elles peuvent clairement être distinguées du multiculturalisme moderne en Occident : migrations de masse, mutations gastronomiques, remise en cause de traditions.

L’homme migre depuis la nuit des temps. Aux origines, il peuplait des zones inhabitées ou remplaçait un groupe en place. Des techniques d’agriculture plus avancées ou de meilleures armes de guerre donnaient l’avantage.

Au lieu de faire une analyse globale des mélanges de populations plus ou moins diverses, je me concentrerai donc sur l’arrivée de non-occidentaux au sein des populations d’Europe de l’ouest.

On pense ici aux turcs et aux réfugiés (syriens) en Allemagne (‘wir schaffen das’), aux maghrébins en Belgique, en France, aux Pays-Bas ou en Autriche. Ou encore aux peuples de l’empire colonial britannique, qui se sont retrouvés sur la grande île de la Mer du nord.

Les Etats-Unis et le Canada pourront aussi faire office d’exemples. Même si on attribue volontiers à ces pays le qualificatif ‘multiculturel’ par essence, il n’en demeure pas moins que ces sociétés le sont et que les conséquences qui en résultent sont indéniables.

Des minorités importantes ont été constituées au sein des zones géographiques évoquées. Quelles sont les conséquences à tous les niveaux que l’on peut imaginer ? Criminalité, gastronomie, économie, religion, mode, culture en général : autant de domaines de la vie ont été impactés. Pour le meilleur ou pour le pire ? C’est ce que nous verrons, point par point.

CRIMINALITE ET PAIX

Après la Deuxième Guerre Mondiale, une paix historique s’est installée en Occident. Récemment, une guerre a éclaté en Ukraine, mais l’ouest reste épargné.

L’Occident connaît toujours la paix, mais le crime existe toujours, et son origine pose question.

D’abord, le profil des délinquants et criminels en Belgique. Notre pays semble éviter le profilage ethnique, chose bien regrettable, mais des chiffres peuvent être trouvés malgré tout.

Selon les chiffres officiels de la justice belge, en 2022, les prisons belges n’étaient par exemple peuplées qu’à 56,5% de Belges. Les Marocains suivaient à 7,9%, puis les Algériens à 4,3%, les Néerlandais à 3,5%, les Albanais à 2,8%, les Roumains à 2,5% etc.

Les Roumains, par exemple, s’illustrent par les braquages (à l’explosif) de distributeurs automatiques de billets, les vols de câbles, les vols avec effraction, vols de mazout, souvent en bande organisée.

Même si – par un tabou latent – aucune statistique ne semble exister concernant l’origine ethnique des Belges criminels, il peut être supposé que l’origine étrangère est surreprésentée. En effet, au sein de ma pratique en tant qu’avocat, je remarque une écrasante majorité de noms d’origine étrangère, ce particulièrement au sein d’affaires relatives à des coups et blessures volontaires.

Notons aussi que ce sont le plus souvent des Belgo-Marocains qui sont les auteurs des actes terroristes commis en Belgique et en dehors du pays. Hassan el-Haski, Belgo-Marocain est par exemple l'auteur des Attentats de Madrid du 11 mars 2004 faisant 191 morts et 1.858 blessés. Ces faits, même s’ils restent exceptionnels, contribuent à la création d’un sentiment d’insécurité.

Les plus récents attentats perpétrés en Allemagne posent également question. Bien qu’il ne soit à priori pas de nature terroriste, l’attentat du marché de Noël de Magdebourg, le 20 décembre 2024, a touché le cœur de l’identité occidentale. Notons que le pays d’origine de l’auteur des faits, l’Arabie saoudite, ne voulait pas de lui. Aurait-on dû le rendre aux autorités saoudiennes avant les faits ? Ses ‘droits humains’ n’auraient alors probablement pas été respectés, mais des vies humaines auraient pu être sauvées. Il est néanmoins trop tard pour refaire l’histoire.

Notre bonne volonté européenne ne conduit-elle parfois pas au contraire du résultat escompté ? En offrant l’asile à un étranger et en sauvant sa vie, puis en voyant que cet étranger prive de leurs vie d’autres gens, n’a-t-on pas fait un mauvais calcul ? Doit-on faire ce calcul ? Chacun appréciera en son âme et conscience, et seuls les faits demeureront.

Restons en Allemagne. L’attaque au couteau à Aschaffenburg, le 22 janvier 2025, a été commise par un Afghan.

Il est évident qu’Angela Merkel, le 31 août 2015, en s’exclamant ‘Wir schaffen das!’ (Nous y arriverons !), s’est fourvoyée.

Pour conclure, on pourrait avancer que la surreprésentation des étrangers ou des personnes d’origine étrangère au sein de la criminalité en Europe de l’Ouest n’est en fait qu’une question de classes sociales. Mais si c’était vrai, comment se fait-il que nous n’ayons pas réussi à procéder à une immigration de qualité ? Si l’immigration et le contrôle des mouvements d’entrées de ressortissants étrangers échappent à nôtre contrôle, comment expliquer cela aux victimes de la criminalité susmentionnée ?

Criminalité et paix semblent donc en tout état de cause liées à l’origine des habitants du royaume de Belgique et de l’Europe de l’Ouest, quelle qu’en soit la cause.

INFLUENCE ETRANGERE ET IMPORTATION DE CONFLITS

Un autre problème est l’influence que continuent d’exercer les gouvernements étrangers au sein des populations (d’origines) étrangères en Belgique.

L’influence turque semble particulièrement problématique. Citons en exemple l’avocat et politicien belge Ergün Top, qui en 2007 a déclaré qu’il choisirait le camp de la Turquie si un jour une guerre éclatait entre la Belgique et la Turquie. Cela n’empêche peut-être pas son engagement en faveur de la Belgique, mais démontre bien l’attachement profond à la mère patrie.

Est-il normal de voir des affrontements entre des Turcs (d’origine) et la communauté kurde en Belgique ? Turcs ou Kurdes, à chacun ses intérêts, mais ont-ils besoin d’augmenter la violence en Belgique pour un conflit qui nous est étranger ?

Ainsi, par la présence d’étrangers (d’origine) sur le sol belge, toutes sortes de conflits sont importés.

Pensons encore au match de football fin 2024 à Amsterdam entre le Maccabi Tel Aviv et l’Ajax, à l’occasion duquel des affrontements ont eu lieu sur fond de tensions au Moyen-Orient. La présence de communautés d’origines étrangères aux Pays-Bas n’a certainement pas contribué à la paix sociale.

Les influences étrangères au sein des pays de ce monde sont très anciennes. Mais si ces influences arrivent à mobiliser des communautés plus ou moins importantes, on comprend vite la menace pour l’ordre public.

Si les services de renseignement des îles Samoa et ceux des îles Tonga veulent monter leurs ressortissants respectifs les uns contre les autres en Belgique, on comprendra que l’instabilité sécuritaire potentielle sera plutôt limitée, contrairement à celle qui pourrait être occasionnée par les services de mères patries ayant ici de plus grande communautés.

En tout état de cause, on constatera que la présence de plusieurs communautés sur le sol d’un même pays n’est pas un élément qui favorise la paix sociale.

Si rien que la cohabitation de Belges néerlandophone, francophones et germanophones en Belgique n’a pas fini de nous occuper, avons-nous vraiment besoin de plus de tensions, potentielles ou effectives ?

GASTRONOMIE

La gastronomie est souvent le reflet d’une culture. Les musulmans ne consomment pas de porc, alors que cette viande, jointe à de la moutarde et une grande pinte de bière, est par exemple indissociablement liée à la culture germanique (Allemagne, Autriche).

En plein Ramadan, comment un chrétien de Rosenheim, en Bavière, pourra-t-il inviter son voisin musulman un samedi midi afin de profiter d’un bon barbecue ?

Comment un éleveur de porc ibérique pourra-t-il transmettre sa passion et son dévouement à un musulman, sans lui faire goûter le fruit de son travail ?

L’alcool est également évité et souvent proscrit au sein de l’Islam. Comment concilier cela aux grandes traditions vigneronnes françaises, à la bière tchèque, au whisky écossais ?

Des mariages sont néanmoins possibles, comme les frites belges qui ont été ajoutées au traditionnel dürüm turc.

La gastronomie étrangère est-elle un enrichissement ? Plutôt un apport, car effectivement, sushis, empanadas, nouilles sautées et tajines garnissent nos tables occidentales, mais en parallèle, certaines traditions culinaires belges tendent à disparaître. Tête pressée, pieds de porc en gelée, caricoles, escavèche, bloempanch, choesels : j’ose affirmer que les anciens les reconnaîtront plus facilement que les jeunes.

Si l’on veut combiner toutes les gastronomies du monde en un endroit, on ne garde finalement que quelques plats emblématiques et on fait l’impasse sur le reste. Il ne reste alors que pizzas et pâtes italiennes, sushis et ramens japonais, tacos et burritos mexicains, ou pidés et dürüms turcs. Le multiculturalisme gastronomique semble donc avoir tendance à mener à un appauvrissement des éléments individuels.

Les différences culinaires entre cultures ne sont pas anodines. La nourriture et les boissons sont l’essence de la vie. Et si trop de différences existent, la cohabitation est compliquée. On ne vivra alors pas ensemble, mais l’un à côté de l’autre, au risque de condamner le choix de son voisin.

Pour terminer, quelques exemples qui sont essentiellement des traditions culinaires belges et occidentales, et sont étrangères à l’Islam : galette des rois, jambon d’Ardenne, bières, carême, civet de marcassin aux airelles à Noël, cougnou de Noël, vin chaud, fondue savoyarde, carbonades flamandes à la bière, fromages d’abbaye à la bière, tartes de communions, pieds de porc en gelée. Notons aussi les modalités d’abatage du bétail, qui doivent suivre des règles spécifiques au sein de l’Islam. Les bouchers de l’un ne seront donc pas (toujours) ceux de l’autre.

Au plus les différences sont grandes, au plus la cohabitation devient irréaliste.

Rien que par la tradition gastronomique, deux cultures peuvent vivre sur un même territoire, mais sans interagir. Une forme d’apartheid de fait.

CULTURE EN GENERAL

Les codes vestimentaires diffèrent aussi entre cultures. Le pudique voile islamique et l’indécent bikini américain peuvent-ils ainsi être conciliés ? Les lederhosen et dirndls des Alpes germaniques se conjuguent-ils aux abayas et à la mode islamique ? En théorie, c’est possible, mais pouvez-vous exclure le jugement de désapprobation de l’un envers l’autre ?

La musique et les danses diffèrent également entre pays. Des cornemuses écossaises aux chants diphoniques mongols, en passant par le didjeridoo australien, tant de différences. Si chaque culture danse et chante au rythme de ses propres traditions, comment pourrait-on par exemple célébrer un mariage en Belgique en combinant tout cela ? On fera sûrement des choix, et le Belge de souche ne pensera probablement pas au sirtaki grec comme danse d’ouverture avec sa dulcinée. Hommes et femmes célèbreront également ensemble, alors que le mariage islamique se déroulera de manière fort différente.

Toutes ces différences sont possibles au sein d’un même pays multiculturel. Si toutefois chacun veut garder ses propres traditions, on gardera plusieurs communautés séparées. Un musulman peut être invité à un mariage catholique, mais si l’on y sert du cochon à la broche, que l’on y danse la valse et que l’on y chante du Claude François, il ne se sentira pas nécessairement à sa place. Il pourra s’y sentir, mais il faudra pour cela un certain travail d’adaptation, d’intégration, d’assimilation.

Quand on tient à son héritage, à sa culture d’origine, est-on prêt à adopter d’autres mœurs ? En tout cas, cela sera compliqué si dans un pays d’accueil, on est entouré d’une grande communauté de son pays d’origine. Il sera alors bien plus confortable – et normal – de garder sa culture inchangée.

Les différences culturelles en général contribuent à créer différentes communautés qui restent entre alles au sein d’un même pays. Ces différentes communautés peuvent cohabiter en harmonie, mais qu’advient-il quand de grandes questions se posent ? Conflits armés internationaux, abatages rituels, religion, enseignement, etc. Si les habitants d’un pays partagent des habitudes et valeurs communes, les désaccords et donc les chances de tensions diminueront.

Différentes cultures peuvent parfaitement cohabiter en théorie, mais qu’en est-il en réalité ?

LE MULTICULTURALISME DANS LE MONDE

Premier exemple : le Moyen-Orient, et plus particulièrement aux abords de la mer Méditerranée. Israël, Liban, Syrie, Palestine : disons le simplement, c’est un sacré bordel. La cohabitation entre sunnites libanais et alaouites libanais, entre musulmans et juifs, sans oublier les maronites, druzes et autres groupes, n’est actuellement pas des plus paisibles.

Peut-on cependant affirmer que des pays ethniquement et culturellement plus homogènes sont plus stables, plus paisibles, plus sûrs ? Si l’on s’en fie au Global Peace Index (GPI), on pourrait soutenir cette thèse.

Sur base du score GPI, l’Islande est le pays avec le plus haut degré de pacifisme, et la Syrie est bonne dernière.

Quelques exemples de pays avec un bon score GPI : Nouvelle-Zélande, Portugal, Autriche, Danemark, Canada, Singapour, République tchèque, Japon, Suisse, Slovénie, Irlande, Australie, Finlande, Suède, Allemagne, Belgique, Norvège, Bhoutan, Malaisie, Pays-Bas, Roumanie, république de Maurice, Hongrie, Slovaquie (top 25).

Quelques exemples de pays avec un mauvais score GPI : Irak, Soudan du Sud, Yémen, Somalie, Afghanistan, Libye, République démocratique du Congo, République centrafricaine, Russie, Soudan, Pakistan, Corée du Nord, Turquie, Venezuela, Ukraine, Nigeria, Liban, Israël, Mali, Palestine, Iran, Cameroun, Colombie, Inde (flop 25).

On remarque que des pays ethniquement et culturellement plus homogènes ont souvent un meilleur score GPI : Japon, Irlande, Australie, Bhoutan, Hongrie, Slovaquie.

On remarque que des pays plus multiculturels ont souvent un moins bon score GPI : Afghanistan, Inde, RDC, Israël, Palestine.

Cependant, Singapour a un très bon score GPI, tout comme d’autres pays avec des communautés d’origines étrangères plus ou moins importantes, comme la Belgique ou le Canada.

La Corée du Nord, un des pays les plus homogènes au monde, a un score GPI des plus mauvais.

La diversité culturelle et ethnique n’indique donc pas nécessairement le degré de pacifisme dans un pays. On peut néanmoins affirmer que la diversité ne sera pas un facteur favorisant la paix.

LE MULTICULTURALISME NOUS ENRICHIT-IL ?

Nous en venons enfin à la grande question : le multiculturalisme est-il un enrichissement ? On entend parfois en Occident cette thèse, qui donne une connotation positive au multiculturalisme.

Il semble y avoir une confusion. Alors qu’il peut effectivement être intéressant d’être confronté à d’autres points de vue, à d’autres mœurs, à d’autres cultures, l’importation de la diversité au sein d’un même pays n’est pas nécessaire.

Tant de gens veulent visiter le Japon, pays d’une grande homogénéité. Si le multiculturalisme est un enrichissement, et donc un apport positif, qui rend meilleur, ne suffirait-il pas d’y ouvrir des fritkots, des bars à chicha ou des mosquées ? Faudrait-il y envoyer des citoyens du monde entier ? Il semble que non. En effet, ce qui attire les touristes au Japon, c’est ce qui est essentiellement japonais : cérémonie du thé, architecture typique, samouraïs, gastronomie locale, etc.

Les touristes ne viennent généralement pas en Belgique pour manger un plat de nouilles ou boire un thé à la menthe, mais plutôt pour découvrir les (bières d’)abbayes, les villes d’art (Bruges, Bruxelles, Anvers, Mons, Liège, Gand, Charleroi, Tournai), les carbonnades et les frites.

A Vienne, on ira au bal. En Savoie, on dégustera une fondue. Au Sénégal, on boira du bissap. Dans les pays orthodoxes, on verra les coupoles en bulbe des églises. En Finlande, hommes et femmes se retrouvent nus dans les saunas.

Le multiculturalisme, selon moi, est une richesse, mais plutôt s’il se comprend à l’échelle mondiale, pays par pays, région par région.

Dire qu’apporter des influences étrangères au sein d’un région est un enrichissement, revient à soutenir que les pays ethniquement et culturellement homogènes seraient meilleurs s’ils devenaient plus multiculturels.

En effet, en affirmant que le multiculturalisme est un enrichissement, on sous-entend que ce qui n’est pas multiculturel est plus pauvre, donc moins bien, alors qu’on vient de voir qu’une identité bien marquée, qui se détache du reste, peut avoir un fort pouvoir d’attraction.

Non, le multiculturalisme n’est pas un enrichissement.

Oui, un monde composé de différentes cultures, ethnies et traditions est une richesse, une source inépuisable de rêves et de découvertes.

Je souhaite donc que le malentendu cesse. Quand on dit que le multiculturalisme est un enrichissement, on confond sûrement la belle diversité du monde avec la cohabitation de différents groupes sur un même territoire.

Un monde où différentes cultures existent l’une à côté des autres est selon moi plus souhaitable qu’un monde où l’on essaie de tout mélanger. L’interaction ne doit pas être exclue, mais équilibrée, sans excès.

Tout le paradoxe est donc là : la diversité de ce monde provoque tant de tensions, alors que c’est cette même diversité qui est si merveilleuse.

Une contribution libre de Matthias Deboeck

Le 16 février 2025